Un héritage visuel fascinant
L’héraldique est souvent mal comprise par le grand public. En effet, beaucoup imaginent qu’elle est strictement liée à la noblesse. Or, c’est une erreur fréquente.
Au Moyen Âge, les armoiries servaient avant tout à l’identification. Par exemple, sur un champ de bataille, le visage caché par un heaume, il fallait se faire reconnaître. Par la suite, les villes, les corporations et même les simples bourgeois ont rapidement adopté cet usage. Finalement, c’est un système de communication visuelle d’une modernité surprenante qui fonctionne comme nos logos actuels.
Une identité pour tous
Aujourd’hui, cet art connaît un véritable renouveau. La quête de nos racines nous pousse à chercher des symboles forts. Nous voulons illustrer notre patronyme.
L’héraldique offre cette possibilité merveilleuse. Elle permet de raconter une histoire sans utiliser de mots. Chaque couleur et chaque animal possède une signification. C’est un langage universel qui traverse les frontières et les siècles. Il est accessible à tous les passionnés.
Au-delà de la noblesse
Tout d’abord, il faut tordre le cou à une idée reçue tenace : porter des armoiries n’est pas un acte de prétention nobiliaire. En effet, dans la vie courante, il est tout à fait possible d’arborer une chevalière avec ses armes au lieu de ses initiales. Par ailleurs, les supports sont nombreux pour afficher votre appartenance :
– Un briquet gravé ou une épingle de cravate ;
– Un drapeau flottant dans votre jardin, vu sur Ets*** ou Amaz*** ;
– Une gravure au-dessus de la porte d’entrée ou sur une plaque émaillée : plusieurs fabricants proposent cette prestation ;
– Des autocollants à distribuer à vos descendants.
Concernant la législation, sachez qu’en France, le blason est libre d’adoption. Ainsi, n’importe quel individu peut se doter d’armes personnelles à la seule condition de ne pas usurper celles d’autrui. C’est donc un droit comparable à celui de posséder une signature. Votre créativité est votre seule limite, ce qui ouvre des perspectives immenses pour le généalogiste amateur.

Le langage secret des couleurs
Pour dessiner, il faut d’abord apprendre à parler le langage des hérauts d’armes. Ce vocabulaire spécifique peut sembler obscur au premier abord, pourtant, il est d’une logique implacable. Concrètement, les couleurs ne s’appellent pas rouge ou bleu. On parle d’émaux pour désigner les teintes principales. Cette terminologie précise évite ainsi toute confusion lors de la description des écus et garantit la fidélité de la reproduction.
Les métaux et les émaux
Le monde héraldique se divise en deux grandes catégories de teintes. D’un côté, nous trouvons les métaux. Ils sont au nombre de deux : l’Or (jaune) et l’Argent (blanc).
De l’autre côté, il y a les quatre émaux classiques. Le “Gueules” désigne le rouge vif. L'”Azur” correspond au bleu. Le “Sable” est le nom donné au noir. Le “Sinople” représente la couleur verte. En plus, il y a le “Pourpre”, un violet plus rare.
La règle de contrariété
Une règle fondamentale régit toute composition héraldique. Elle est absolue et doit donc être respectée scrupuleusement : on ne doit jamais superposer émail sur émail, ni métal sur métal. C’est ce que l’on appelle la règle de contrariété des couleurs. Son but initial était la lisibilité. En effet, de loin, un lion rouge sur fond bleu se distingue mal. À l’inverse, un lion rouge sur fond jaune (Gueules sur Or) claque visuellement. Cette contrainte technique force ainsi à la clarté du dessin.
Les fourrures mystérieuses

Comprendre le blasonnement
Avez-vous déjà lu une description héraldique ? On appelle cela le “blasonnement”. C’est un exercice de style très codifié.
Il s’agit de décrire l’image avec des mots, de manière à ce qu’un artiste puisse la redessiner sans l’avoir jamais vue. La précision est donc capitale. Chaque terme a une place définie. L’ordre des mots ne doit jamais être modifié.
Lire une description
Prenons un exemple simple pour illustrer ce concept. Imaginez la phrase : “D’azur à la fasce d’or”. Cela signifie un fond bleu traversé horizontalement par une bande jaune.
Le premier terme indique toujours la couleur du fond du bouclier. Ensuite, on nomme la pièce principale. Enfin, on précise sa couleur. Si des animaux sont présents, on décrit leur position et leurs attributs. C’est une véritable grammaire visuelle.
L'importance du vocabulaire
La richesse du vocabulaire héraldique est inouïe. Un lion peut être “rampant”, “passant”, “naissant”,”issant” ou d’autres encore. Lisez la description correspondante au lion en héraldique sur Wikipedia pour tout savoir sur les lions sur les blasons, vous serez étonné du niveau de détail différenciant les bestioles. Et c’est identique pour les autres animaux fréquemment utilisés.
Connaître ces termes permet de saisir les nuances d’un blason. Cela aide aussi à repérer les erreurs de dessin. Un blasonnement correct est la garantie de la pérennité de vos armes. C’est la trace écrite qui survit même si le dessin disparaît.

Retrouver des armoiries anciennes
Avant de créer, il est sage de vérifier l’existant. Vos ancêtres possédaient peut-être déjà des armoiries. Cette recherche est une enquête passionnante.
Elle complète parfaitement vos travaux généalogiques classiques. Vous pourriez avoir des surprises, même dans des familles roturières. Des marchands ou des échevins avaient souvent leurs propres écus. Il faut savoir où chercher pour dénicher ces trésors oubliés.
L'Armorial général d'Hozier
La source la plus célèbre en France est l’Armorial général de 1696. Il fut établi sur ordre de Louis XIV. Le but était fiscal, mais le résultat est historique.
Charles d’Hozier a recensé des milliers de blasons à travers le royaume. Vous pouvez consulter ces volumes numérisés sur le site de Gallica. C’est une mine d’or pour retrouver une trace visuelle de votre patronyme dans une région donnée.
L'armorial de Rietstap
Pour une recherche plus européenne, le Rietstap est incontournable. Cet ouvrage monumental du XIXe siècle compile des armoiries de tout le continent. Il est complété par les planches d’illustrations de Rolland.
Il contient plus de 100 000 descriptions. C’est un outil précieux si vos racines dépassent les frontières françaises. Cependant, attention aux homonymes. Porter le même nom ne signifie pas forcément descendre de la même famille. La prudence généalogique reste de mise.

Les armoriaux régionaux
Comme pour l’exemple “D’azur à la fasce d’or” plus haut, les blasonnements les plus simples ont été utilisés plusieurs fois, ou signifient plusieurs appartenances possibles, il vous faudra chercher plus profondément pour retrouver la correspondance et les possesseurs d’un blason. Je vous conseillerais d’utiliser des armoriaux régionaux, et si possible avc des tables pour être plus efficace…
Concevoir son propre écu
Si vos recherches ne donnent rien, réjouissez-vous. Vous avez le champ libre pour inventer ! La conception est une étape créative stimulante.
C’est le moment de réfléchir à ce qui définit votre famille. Quels sont les métiers de vos aïeux ? Quelle est votre région d’origine ? Quelles valeurs voulez-vous transmettre ? Tout cela peut se traduire en symboles.
Choisir ses symboles
Les “meubles” sont les objets ou animaux placés sur l’écu. Le choix est infini. Une ancre pour des marins, une gerbe de blé pour des agriculteurs.
Vous pouvez aussi jouer sur votre nom de famille. On parle alors d’armes parlantes. La famille “Lecoq” portera un coq, la famille “Duchêne” un arbre. C’est une tradition ancienne et très respectée. Elle facilite la mémorisation du blason par tous.
La simplicité avant tout
L’erreur du débutant est souvent la surcharge. On veut tout mettre : les origines, le métier, les passions. Le résultat devient illisible.
Les plus beaux blasons sont souvent les plus simples. Une ou deux couleurs, une figure principale, cela suffit. L’élégance naît de l’épure. Pensez à la visibilité lointaine dont nous parlions plus tôt. Un bon blason doit être reconnaissable en un coup d’œil.
Éviter les anachronismes
Il faut aussi veiller à la cohérence historique. Intégrer un ordinateur ou une voiture sur un écu est possible, mais risqué. Cela vieillit souvent mal.
Préférez des symboles intemporels. Une plume pour l’écrivain plutôt qu’une machine à écrire. Une roue pour l’ingénieur automobile. L’héraldique est un art de la métaphore. Elle préfère l’évocation poétique à la représentation littérale trop moderne.
Passer à la réalisation numérique
Une fois l’idée en tête, il faut la concrétiser. Tout le monde n’a pas le talent d’un enlumineur médiéval. C’est ici que l’informatique vient à notre secours.
Le dessin vectoriel permet des tracés nets et précis. Il offre la possibilité de tester plusieurs variantes de couleurs en quelques clics. C’est un gain de temps considérable pour le créateur amateur.
L'outil Héraldique 11
Pour vous accompagner, nous recommandons le logiciel Héraldique 11. Cet outil est spécifiquement conçu pour les généalogistes et les passionnés.
Contrairement à un logiciel de dessin classique, il intègre les règles du blason. Il vous guide pas à pas dans la construction de votre écu. Vous n’avez pas besoin d’être graphiste. Vous assemblez les éléments comme un puzzle historique. Découvrez toutes ses fonctionnalités sur la boutique Généatique.
Une bibliothèque d'images
Le point fort de ce logiciel est sa bibliothèque. Elle contient des milliers de meubles et pièces héraldiques dessinés par des professionnels. Lions, aigles, croix, tout est là.
Vous pouvez modifier les émaux d’un simple clic. Vous respectez ainsi sans effort la règle de contrariété des couleurs. Le logiciel propose aussi différents modèles de casques et d’ornements extérieurs pour habiller votre écu.
Export et partage
Une fois votre œuvre terminée, il faut la diffuser. Le logiciel permet d’exporter votre blason en haute définition. Vous pourrez l’insérer dans votre arbre généalogique.
Imaginez la fierté d’imprimer votre monographie familiale ornée de vos propres armes. C’est un ajout esthétique indéniable. Vous pouvez aussi l’utiliser pour votre correspondance ou vos cartes de visite. Votre blason devient votre logo personnel.

Officialiser sa création
Votre blason est dessiné, il est beau, il vous ressemble. Mais a-t-il une valeur officielle ? C’est une question légitime.
Comme nous l’avons vu dans notre article sur le destin des patronymes, le nom est protégé par la loi. Le blason suit une logique similaire. Il est considéré comme un accessoire du nom. Certains le qualifient même de nom muet.
Le statut juridique
En droit français, les armoiries sont protégées. Nul ne peut utiliser celles d’autrui sans son accord. En cas de litige, les tribunaux reconnaissent cette propriété. Il vous sera donc certainement utile de connaître les blasons des communes, départements et régions existants en France, afin de ne pas copier l’un d’entre eux, même par inadvertance. Je vous partage un lien où j’ai trouvé tout cela.
Cependant, il n’existe plus d’organisme d’État pour réguler les blasons comme sous l’Ancien Régime. Il n’y a plus de Juge d’Armes. La protection repose donc sur la preuve de l’antériorité d’usage. C’est à vous de prouver que vous avez créé ce dessin le premier.
L'enregistrement officiel
Pour sécuriser votre création, il faut lui donner une date certaine. Plusieurs solutions existent pour le créateur prudent. La publication est la méthode la plus simple.
Vous pouvez déposer votre blason chez un notaire ou un huissier de justice. Vous pouvez aussi le publier dans un livre ou une revue spécialisée. Certaines associations héraldiques proposent des services d’enregistrement. Cela constitue une preuve solide en cas de contestation future.
Faire vivre ses armoiries
Créer un blason n’est que le début de l’aventure. Il faut ensuite le faire vivre au quotidien. Il ne doit pas rester enfermé dans un disque dur.
Faites-le broder sur du linge de maison. Faites graver une chevalière ou un cachet de cire. Ces objets tangibles ancrent votre symbole dans la réalité. Ils deviendront des héritages précieux pour vos descendants.
Un lien intergénérationnel
Le blason est un formidable outil pédagogique. Il intéresse souvent les plus jeunes, attirés par l’imaginaire chevaleresque. C’est une porte d’entrée ludique vers la généalogie.
Expliquer son blason à ses petits-enfants, c’est leur raconter l’histoire de la famille. C’est transmettre des valeurs sous une forme imagée. L’héraldique devient alors un pont entre les générations.
Rejoindre une communauté
En vous intéressant à ce sujet, vous rejoignez une communauté de passionnés. Il existe de nombreux forums et cercles héraldiques. Les échanges y sont riches et bienveillants.
Vous pourrez soumettre vos projets, demander des conseils de blasonnement. C’est une matière vivante qui continue d’évoluer. Votre contribution, aussi modeste soit-elle, participe à la survie de cet art millénaire.




