Qu'est-ce que la consanguinité ?

Le mot vient du latin "consanguineus", en séparant les racines, cela donne con : préfixe exprimant la réunion et sanguin : qui a un rapport au sang. La consanguinité se réfère donc à la reproduction, et par extension au mariage, entre des individus "ayant le même sang", des personnes qui partagent des ancêtres communs. Avec d’autres mots, c'est la pratique de se reproduire avec des membres de sa propre famille, qu'il s'agisse de cousins, d'oncles, de tantes ou même de frères et sœurs.

Bien que la consanguinité soit souvent associée à des conséquences négatives, elle peut aussi être le résultat de circonstances culturelles ou historiques particulières.

En voici des exemples concrets :
Mariages cousin-cousine
Dans de nombreuses cultures, les mariages entre cousins sont courants et parfois même encouragés. Ces mariages peuvent créer des liens forts au sein de la famille, mais ils peuvent également augmenter le risque de maladies génétiques chez les descendants. Dans un arbre généalogique, ces mariages se manifestent par des lignes qui se rejoignent à un niveau égal ou plus élevé que celui des grands-parents.

Union entre frères et sœurs
Bien que moins courantes et souvent considérées comme taboues, les unions entre frères et sœurs ont parfois été documentées dans l'histoire. Ces mariages peuvent poser des défis uniques pour les généalogistes, car ils créent des relations de parenté très étroites et des ramifications complexes dans l'arbre généalogique. On n’en trouvera pas beaucoup en généalogie heureusement.

 

Où trouve-t-on le plus de mariages consanguins ?

En 1948, une étude donnait les chiffres suivants en % de mariages consanguins de tous degrés pour 100 mariages catholiques, en France, sur la période 1926-1945 : .

— Corse : (6,75%)
— dans le Massif Armoricain et les départements limitrophes : Morbihan (4,40%), Côtes-d’Armor (3,75%), etc
— dans le Massif Central : Ardèche (4,56%), Lozère (%4,42), Aveyron (4,15%), Haute-Loire (4,05%), Cantal (3,49%), Puy-de-Dôme (3,27%) etc
— dans les Alpes : Hautes-Alpes (3,57%), Haute-Savoie (2,33%), Savoie avec l’exemple spécifique de la commune de Saint-Jean-de-Maurienne (7,10%).
— dans les Pyrénées : Ariège (2,47%), Hautes-Pyrénées (2,17%).
Et ces chiffres ont bien sûr fortement diminué depuis. En effet, l’augmentation de la population au fil du temps et de la mobilité des gens tendent à faire augmenter le nombre des possibilités de conjoints et à diminuer le nombre de mariages consanguins.
On voit bien également que cela ne représente pas des chiffres importants. Mais cela permet de vérifier l’idée qu’une certaine endogamie existe dans des communautés plus isolées.

 

Les degrés de parenté

En droit canon ou religieux : le degré de parenté canonique correspond au nombre de générations séparant deux individus par rapport à leur ancêtre commun. Une mère et son fils sont parents au premier degré, un frère et une sœur sont aussi parents au premier degré, mais des cousins « germains » sont parents au deuxième degré. Un neveu et sa tante sont parents du premier au deuxième degré.
C’est ce qui est utilisé pour les dispenses de consanguinité.

En droit civil : le degré de parenté en droit civil est calculé entre deux personnes en partant de l’une d’elle, en remontant jusqu’à l’autre personne. Une mère et son fils sont parents au premier degré, un frère et une sœur sont parents au deuxième degré, des cousins « germains » sont parents au quatrième degré. Un neveu et sa tante sont parents au troisième degré.

 

Les dossiers et dispenses de consanguinité

Les règles concernant les dispenses de consanguinité pour le mariage ont évolué au fil du temps.
La dispense de parenté a été mise en place pendant l’Ancien Régime. La France ne comptait qu’environ 20 millions d’habitants à la fin du règne de Louis XIV. Il y avait une faible mobilité des populations, et le principe du mariage au sein de son groupe social, tout cela conduisait à une forte probabilité que les conjoints partagent des ancêtres.

Les mariages entre cousins germains étaient généralement autorisés sans dispense. Cependant, les mariages entre cousins au premier degré (cousins germains) nécessitaient souvent une dispense dispensée par l'autorité religieuse compétente, généralement l'évêque du diocèse concerné.

Pendant la Révolution Française (1789-1799), les mariages ont été soumis à de nouveaux règlements. En 1792, le mariage civil est devenu obligatoire et les autorités civiles ont pris en charge la délivrance des dispenses de consanguinité. Cette période a été caractérisée par une plus grande laïcisation du processus matrimonial.

Après la Révolution Française, c’est en 1804 que le Code Civil Napoléonien a été promulgué. Il a établi de nouvelles règles en matière de mariage et de dispense de consanguinité. Selon le Code Civil, les mariages entre cousins germains étaient autorisés sans dispense, tandis que les mariages entre oncle et nièce ou neveu et tante nécessitaient une dispense délivrée par le maire (ou bourgmestre en Belgique) de la commune de résidence des futurs époux.

 

Procédure et Coût des Dispenses de Consanguinité :

Une dispense de consanguinité est un accord, délivré par le pape ou par l’évêque, qui autorise un mariage entre cousins, normalement interdit par le droit canon de l’Église catholique. Sont ainsi encadrées les unions entre des personnes ayant au moins un arrière-arrière-grand-parent commun (4e degré canonique). Si un mariage entre parents du 1er degré (frères, sœurs, oncles, tantes) est absolument interdit, l’autorisation du pape est possible pour des cousins germains (2e degré) et celle de l’évêque, en général, pour des cousins issus de germains (3e degré) ou au-delà.

La procédure pour obtenir une dispense de consanguinité impliquait généralement une demande formelle adressée à l'autorité compétente, qu'il s'agisse de l'évêque, du maire ou du bourgmestre selon l'époque et le pays. Cette demande devait souvent être accompagnée de preuves de parenté et d'une justification de la demande. Quant au coût, il variait selon les époques et les administrations. Dans certains cas, des frais administratifs pouvaient être exigés pour le traitement de la demande. Cependant, ces coûts étaient généralement minimes et destinés à couvrir les frais administratifs associés à la délivrance de la dispense.

 

Que contient un dossier de dispense ?

Un dossier de dispense comprend en général :
- la supplique ou requête des futurs époux. Y figurent : leurs noms, prénoms, professions et domiciles, la nature de l’empêchement, éventuellement le motif du mariage ;
- l’enquête ouverte par l’évêque ou son représentant (le curé le plus souvent) pour recueillir les témoignages des futurs époux, de membres de leurs familles,
déterminer le degré de l’empêchement, et dresser le cas échéant une table de cousinage où apparaissent les ascendants de chacun jusqu’à l’ancêtre commun ;
- la dispense qui autorise l’union.

 

 
Archives départementales du Nord 2MI351 R015

 

Quelles sont les sortes de dispenses de parenté ?

Les dispenses de parenté sont des autorisations spéciales délivrées par les autorités religieuses ou civiles pour permettre des mariages entre des individus ayant des liens de parenté proches. Ces dispenses peuvent revêtir différentes formes en fonction de la nature des liens de parenté concernés. Voici les différences entre trois types de dispenses de parenté couramment rencontrés : la dispense de consanguinité, la dispense d'affinité et la dispense d'affinité spirituelle.

1. Dispense de Consanguinité :
La dispense de consanguinité concerne les mariages entre des individus ayant des liens de parenté biologique, c'est-à-dire des liens de sang. Ces dispenses étaient souvent nécessaires dans les cas de mariages entre cousins au premier degré ou entre membres de la même famille élargie.
Un exemple connu est le mariage de Catherine d'Aragon, fille des Rois Catholiques d'Espagne, et Arthur, Prince de Galles, fils d'Henri VII d'Angleterre. Catherine et Arthur étaient cousins au quatrième degré, ce qui nécessitait une dispense papale pour leur mariage. Cette dispense a été obtenue du pape Jules II en 1503, permettant ainsi le mariage. Plus tard, après la mort d'Arthur, Catherine a épousé son autre cousin, Henri VIII, avec une autre dispense papale.

2. Dispense d'Affinité :
L'affinité est le lien entre l'un des conjoints par mariage, et les parents de l'autre conjoint. Cela s’appelle aujourd’hui parenté par alliance. La dispense d'affinité concerne les mariages entre des individus liés par le mariage, c'est-à-dire des liens créés par le mariage d'un individu avec un membre de la famille de son conjoint. Ces dispenses étaient nécessaires pour légaliser les mariages entre belles-sœurs, beaux-frères et autres relations créées par le mariage.
Un exemple notable de dispense d'affinité est le mariage de Louis XII de France avec Anne de Bretagne en 1499. Anne avait précédemment été mariée à Charles VIII, le prédécesseur de Louis XII, et son mariage avec Louis XII nécessitait une dispense papale en raison de leur lien d'affinité.

3. Dispense d'Affinité Spirituelle : La dispense d'affinité spirituelle concerne les mariages entre des individus ayant des liens de parenté spirituelle, c'est-à-dire des liens créés par le parrainage ou la confirmation dans la foi chrétienne. Ces dispenses étaient nécessaires pour légaliser les mariages entre parrains et filleuls ou entre individus liés par un lien spirituel de ce type.
Au Moyen-Âge, les liens de parrainage étaient souvent considérés comme des liens de parenté spirituelle et nécessitaient parfois une dispense pour les mariages entre parrains et filleuls. Par exemple, une dispense d'affinité spirituelle aurait pu être nécessaire pour un mariage entre un parrain et sa filleule dans certaines circonstances.

 

Par qui étaient-elles délivrées ?

Dispense Papale dans les Mariages Royaux
Pendant des siècles, les mariages entre membres de familles royales ou nobles étaient souvent soumis à des règles strictes de consanguinité en raison de la volonté de maintenir la pureté de la lignée et de préserver les droits de succession. Cependant, les unions entre cousins au premier degré étaient parfois autorisées moyennant une dispense papale spéciale.
Revoir les exemples de Catherine et Arthur ou Anne et Louis cités plus haut.

Dispense Épiscopale pour les Mariages Nobles et Bourgeois
Dans les sociétés où les mariages entre cousins étaient courants, les dispenses de consanguinité étaient souvent délivrées par les évêques locaux ou d'autres autorités ecclésiastiques. Ces dispenses étaient parfois accordées moyennant le paiement de frais pour couvrir les coûts administratifs associés à la délivrance de la dispense.
Un exemple historique de dispense épiscopale de consanguinité est celui du mariage de François Ier, Roi de France, et Claude de France, fille de Louis XII. François Ier et Claude étaient cousins au troisième degré, et une dispense a été obtenue auprès de l'évêque de la région pour leur mariage en 1514.

Dispenses locales pour les Mariages Paysans et Artisans
Même dans les classes sociales inférieures, les dispenses de consanguinité pouvaient être nécessaires pour légaliser certains mariages. Dans les zones rurales ou dans des communautés où les options de mariage étaient limitées, les couples pouvaient avoir des liens de parenté étroits sans le savoir et nécessiter une dispense pour se marier légalement.
Par exemple, dans les villages médiévaux en Europe, où les populations étaient souvent petites et isolées, les habitants pouvaient être étroitement liés par le mariage ou la parenté. Dans de tels cas, les futurs époux devaient obtenir une dispense de l'autorité ecclésiastique locale pour leur mariage.

 

Où trouve-t-on le plus de mariages consanguins en France ou en Belgique ?

En France et en Belgique, la pratique des mariages consanguins est généralement moins répandue qu'elle ne l'était dans le passé, en particulier dans les régions urbaines et parmi les classes sociales plus éduquées. Cependant, il existe encore des régions où les mariages consanguins peuvent être plus courants, souvent en raison de facteurs culturels, religieux ou géographiques. Voici quelques exemples de régions où l'on peut trouver une plus grande incidence de mariages consanguins :

Régions Rurales : Dans certaines régions rurales de France, où les populations sont plus petites et plus isolées, il peut y avoir une tendance à des mariages entre membres de familles proches. Cela peut être dû à la proximité géographique des familles et à une tradition culturelle plus conservatrice.

Régions Traditionnelles : Dans des régions où les traditions familiales sont particulièrement fortes, comme en Bretagne ou en Corse, les mariages consanguins peuvent être plus fréquents en raison de l'importance accordée à la préservation de la lignée familiale et des biens.

Communautés Religieuses : Dans certaines communautés religieuses, comme les communautés musulmanes ou certaines communautés catholiques conservatrices, les mariages entre cousins peuvent être plus courants en raison de prescriptions religieuses ou de la volonté de maintenir des liens étroits au sein de la communauté.

 

Les effets de la consanguinité : des risques accrus pour les descendants

Une étude déjà ancienne (parue en 2013) indique que les descendants d’une union entre cousins germains ont un risque doublé de souffrir de malformations cardiaques, cérébrales et retards mentaux, et d'autres maladies génétiques, par rapport à ce risque pour des parents non apparentés. Ce n’est pas forcément énorme, mais quand la consanguinité est multiple, cela n’apporte rien de bon.
Regardez de près l’'histoire des rois de France, en guise d’illustration du risque des mariages consanguins. Louis XIV a eu six enfants avec son épouse, sa cousine Marie-Thérèse d'Autriche. Mais un seul sur ces six enfants a atteint l’âge adulte. Ces époux étaient doubles cousins germains : la mère de Louis XIV était la sœur du père de Marie-Thérèse et son père était le frère de la mère de sa femme. Et par contre, il a été noté que le souverain a eu au moins quinze enfants avec différentes maîtresses, dont 7 ont atteint l’âge de 16 ans au moins. On peut supposer que l’héritage génétique y est au moins en partie pour quelque chose.

Un autre exemple très célèbre est celui de la famille des Habsbourg d'Espagne (entre le XVIe siècle et le XVIIe siècle) : les nombreux mariages consanguins ont produit une malformation de la mâchoire notable (voir illustration en tête d'article) ainsi qu’un grand nombre de décès prématurés.

 

Retrouver la parenté entre plusieurs ancêtres dans Généatique

Il est possible de retrouver cet arbre de calcul à l'aide de votre logiciel de généalogie.

 

 

 

Et les test ADN ?

Je pense que l’utilisation de tests ADN pourrait être ici un outil utile, mais peut-être aussi dangereux, pour mieux comprendre les degrés et conséquences de la consanguinité. Il faudra attendre de pouvoir les faire librement sur notre territoire pour cela.

 

Les implexes

Et voici comment on se retrouve avec des implexes dans son arbre généalogique : les implexes dans les arbres généalogiques sont des phénomènes où des individus apparaissent plusieurs fois, occupant différentes positions en tant qu'ancêtre ou parent, dans un même arbre généalogique en raison de mariages consanguins ou de relations familiales complexes impliquant des remariages ou des alliances entre familles.

Les implexes sont souvent associés à la consanguinité, qui se produit lorsque des individus partagent des ancêtres communs et sont liés par le sang. Les mariages consanguins peuvent entraîner des implexes dans les arbres généalogiques, car les enfants issus de ces unions auront des ancêtres communs des deux côtés de leur lignée, ce qui peut conduire à des répétitions d'individus dans l'arbre.

Supposons que deux cousins germains se marient et ont des enfants. Les enfants de ce couple auront des ancêtres communs des deux côtés de leur lignée, ce qui entraînera des répétitions d'individus dans l'arbre généalogique. Par exemple, si les parents sont également cousins germains, leurs grands-parents communs apparaîtront deux fois dans l'arbre, une fois du côté paternel et une fois du côté maternel.

Les implexes dans les arbres généalogiques sont donc des manifestations visuelles des liens de parenté complexes et des mariages consanguins. Ils peuvent fournir des indices importants sur les relations familiales et la structure généalogique, et cela vaut le coup de passer du temps pour analyser ces implexes, pour bien comprendre la situation.

 

 

Ici dans Généatique 2024 , j'ai activé la gestion des implexes, et je gagne de la place en n'affichant qu'une fois l'ascendance de Benoît (4) LEGRAS

 

Retrouvez ici un livre intéressant sur le sujet des dispenses

 

Et aujourd'hui ?

Il existe encore des interdictions de mariage dans le code civil applicable actuellement, en raison d'un lien de parenté biologique d'abord : vous ne pouvez pas vous marier avec l'une des personnes suivantes : votre père, votre mère, votre enfant, votre grand-père, votre grand-mère, votre petit-fils ou votre petite-fille, Votre frère ou votre sœur, Votre demi-frère ou demi-sœur, votre oncle, votre tante, votre nièce ou votre neveu. Elles sont les mêmes dans le cas d'une parenté par adoption plénière.

Mais égalemenr en raison de votre mariage : vous ne pouvez jamais vous marier non plus avec les personnes suivantes : votre beau-père, votre belle-mère, votre gendre, votre belle-fille, Par ailleurs, dans une famille recomposée, vous ne pouvez jamais vous marier avec les personnes suivantes : Votre beau-père (ex-mari de votre mère), votre belle-mère (ex-épouse de votre père), votre beau-fils, votre belle-fille...

 

La consanguinité est un aspect fascinant et parfois complexe de la recherche généalogique. Bien qu'elle puisse poser des difficultés, elle offre également des opportunités de découvertes sur les liens familiaux et les schémas génétiques. Il est utile pour les généalogistes, même amateurs, de bien comprendre les notions et calculs qui entrent en jeu.